[ NOIR ]
Un monde en [r]évolution

Un psychiatre
parisien reçoit un patient tourmenté et sans nom, le 11
septembre 2001. Un serial killer laisse des morceaux de cadavre dans
les églises. Une juge cherche tant bien que mal à démêler
toute cette affaire.
C'est sur cette étrange
introduction, où les faits semblent totalement indépendants
les uns des autres, que s'ouvre ce polar. Tenu en haleine jusqu'au dénouement,
le lecteur suit l'intrigue à travers les pensées des deux
principaux protagonistes : le « fauve des églises »,
tueur en série néonazi, et la juge Belle Darmentière.
C'est une véritable confrontation psychologique entre deux personnages
forts, aux idées très tranchées, chacun remis en
question par le raisonnement, l'évolution, de l'autre. La confrontation
entre les deux est d'autant plus intense que l'arbitre de leur affrontement
est un être tout aussi complexe et mystérieux : le professeur
Salomon Ghani, dit Soli, profileur chargé par Belle de décrypter
les messages laissés par le serial killer.
Aux prises avec
un assassin insaisissable et un expert qui met ses sens en ébullition
et lui fait perdre la raison, Belle se voit contrainte de partir en
quête. Quête de la vérité, quête de
sa vérité. C'est toute sa petite vie bien structurée
qui est bouleversée face à ces deux hommes complexes et
imprévisibles.
Une société en mouvement
Dans son livre, Tobie
Nathan explore une société en pleine mutation : la société
post 11 septembre. Très ébranlé dans ses principes,
dans ses idéaux, le monde d'aujourd'hui se cherche des défenses.
Comment se protéger de tous les dangers extérieurs ? En
ayant la foi ?
C'est à travers
cette optique que Nathan organise son histoire puisque, outre l'affrontement
entre un juge et un assassin, c'est aussi une confrontation entre deux
« religions » ennemies que l'auteur met en avant : le nazisme
et le judaïsme. On a l'impression d'assister à un retour
en arrière, à l'époque où les nazis cherchaient
à étouffer cette plaie qu'étaient les juifs pour
eux. Et parallèlement, cette façon de voir le monde est
très actuelle puisque les deux religions ennemies d'aujourd'hui,
le christianisme et l'islamisme, reproduisent un schéma similaire.
Tobie Nathan fait aussi
de son assassin néonazi un étrange paradoxe. Sa théorie
de l'absorption du pouvoir, de l'essence, des Juifs pour mieux les anéantir
est très contradictoire. Pourquoi avoir une connaissance aussi
pointue, laisser des messages dans une langue haïe ?
Nathan traduit, ici,
sa propre théorie sur les religions, à savoir que, pour
pouvoir coexister dans une paix relative, les êtres humains doivent
reconnaître les différences entre les dieux, s'intéresser
aux dieux des autres.
L'autre point fort
de ce roman réside dans la clarté dont fait preuve l'auteur
dans son traitement de l'histoire. Malgré des personnages tourmentés,
au profil plutôt compliqué, Nathan raisonne et écrit
en scientifique : l'enquête, la quête, de la juge Belle
Darmentière est décrite précisément, minutieusement,
ce qui souligne d'autant plus l'aspect complexe de chacun des protagonistes.
Plus qu'un polar donc,
Serial Eater pose la question de la place de la religion dans notre
vie quotidienne, dans la réalisation de nos actions. Dans quelle
mesure nous influence-t-elle, nous définit-elle dans le contexte
actuel ? Tobie Nathan invite véritablement le lecteur à
se remettre en question par rapport à ses croyances mais aussi
par rapport à celles d'autrui.
Nathacha Rivalan
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