Une petite distinction s’impose ici : j’appelle " chose ", cet être à la nature imprécise et qui " cause ", au sens de "qui produit ce que j’observe ". Mais je veux être plus précis. " Chose " est cet être qui capture qui s’en approche. Non pas l’explication que je dois chercher à une suite d’événements car dans ce cas, ce sont les événements qui " causent ", non pas la théorie scientique que je construis, car dans ce cas, c’est moi qui " cause ". Non ! L’être qui est à l’origine et dont je ne peux plus me défaire. Ce qui, une fois établi son origine ne peut être chassé pour être remplacé par une intentionnalité humaine.Qu’est ce qui rend Romeo amoureux fou ? Est-ce l’intention de Juliette ? Certes non ! Sa beauté, sa grâce, son esprit, son appartenance à la famille ennemie ? Encore moins ! "Quelque chose" en Juliette (au travers de Juliette) cause l’amour de Romeo.


tête de femme mangbetu


tabouret luba de type "baubo"



Les Grecs anciens pourraient dire "c’est Aphrodite qui rend Romeo amoureux de Juliette". Dans ce cas, Aphrodite, le désir amoureux, est une chose. Adonis, le parfum, tel que l’envisageaient les Grecs anciens est aussi une chose.
Encore plus démonstratif : la langue est une chose – typiquement ce qui " cause " ; et ce dernier exemple nous apprend une caractéristique des choses : elles sont le produit d’une fabrication, toujours œuvre d’un collectif.
Les plantes hallucinogènes telles qu’elles ont été découvertes/construites par les Amérindiens sont une chose. Et là, nous pouvons sourire : " les choses ont une âme " – ou du moins une intentionnalité. La chose cause et les humains produisent des objets pour incarner et se saisir de la chose…

Tobie Nathan

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