" La recherche nous
est contée
Tobie Nathan, l'ethnopsychiatrie
Comment parler de science sans barber
son public? Comme tous les chaînes, sauf TF1, France2, France3,
Canal+ ou M6, qui ont cessé de se poser la question, France 5
tente de trouver la réponse adéquate à travers
cette série documentaire en six volets, tout en mots, guère
en images. Le principe: dénicher des scientifiques conteurs,
des chercheurs capables de captiver par leur verbe et les laisser expliquer
leur art pendant cinquante deux minutes, tout au long d'une émission
enregistrée au théâtre Mouffetard, devant un public
sincèrement intéressé. Exercice peu imaginatif
d'un point de vue télévisuel, puisque l'image ne sert
quasiment à rien, mais passionnant si l'on aime apprendre en
écoutant et que la radio est en panne.
Cette semaine, le charismatique ethnopsychiatre
Tobie Nathan, fondateur du Centre Georges Devereux (Centre Universitaire
d'Aide Psychologique aux Familles Migrantes, à l'Université
Paris 8), se lance sur les planches du théâtre avec une
belle voix de basse aux échos de cigarettes et un sens de l'humour
propre à rendre intelligibles des concepts psychanalytiques abscons.
Pratique thérapeutique, l'ethnopsychiatrie
tient compte du contexte culturel dans lequel évolue le trouble
psychologique d'un sujet. Pour faire face aux problèmes rencontrés
par les populations immigrées, l'ethnopsychiatrie prend au sérieux
les explications spontanées du phénomène, formulées
en termes d'êtres magiques ou invisibles. Une approche décriées
en France, où l'universalisme peine à accepter ce relativisme
culturel.
Malheureusement, tout à sa narration
enthousiaste, Tobie Nathan oublie d'évoquer les débats
qu'il a sucités, pourtant passionnants. C'est la limite de cet
exercice de oneman science show.
Nicolas Delesalle
Télérama
N° 2991 - 9 mai 2007"